Edito

L’art a une grande responsabilité :
il n’a pas à avoir des réponses,
mais il doit toujours poser les bonnes questions.

Patrice Chéreau

Mon arrivée à L’Archipel est un retour pour moi. Un retour dans un pays qui m’a formé professionnellement à la culture et à l’art. Un pays où j’ai appris à rendre possible les rêves, les désirs, les urgences créatrices des artistes pour ensuite les offrir aux citoyens qui à leur tour peuvent en faire un outil de réflexion, de positionnement social, d’évasion, de rage, de jouissance ou de divertissement. Un pays où la Culture avec un grand C, et les arts de la scène en particulier, restent un bien social, patrimonial, public et d’intérêt général, soutenus par une tradition et une volonté politique.

Après mon départ de France pour poursuivre mon parcours professionnel ailleurs, principalement en Espagne, mon pays, j’ai toujours essayé de mettre en pratique ce savoirfaire acquis ici car je n’en conçois pas d’autre possible.

Aujourd’hui, on m’a confié un outil. Un outil extraordinaire avec une équipe magnifique qui aime ce lieu, qui le fait fonctionner avec professionnalisme et surtout avec amour et enthousiasme.

Nous vivons des temps incertains. Plus que jamais, l’art et la culture doivent servir à lutter contre les peurs, l’exclusion, la haine. L’Archipel doit être un ferment de cohésion sociale et de compréhension entre les êtres humains.

C’est donc une grande responsabilité.
Vis-à-vis des citoyens, de vous bien sûr. Mais aussi vis-à-vis des tutelles, des partenaires qui avec conviction rendent possible le fonctionnement de ce théâtre. Ils m’ont donné leur confiance pour le diriger, et je les en remercie. Il s’agit du Ministère de la Culture, de la Communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole, de la Région Occitanie et bien sûr de la Ville de Perpignan. Elle est à l’initiative de ce projet et a souhaité doter Perpignan d’un équipement de très haut niveau, une fabrique des rêves. Merci pour le soutien sans faille.

Je ne suis pas un artiste. Je ne suis ni metteur en scène ni auteur, ni compositeur. Mais j’entends mon métier comme un acte créatif quotidien qui s’incarne dans un grand spectacle. Un spectacle avec son tempo, sa dramaturgie, sa gestion efficace, ses relations humaines prenant en compte la sensibilité de chacun et ses états d’âme. Un spectacle toujours à l’écoute des artistes dans un échange sans tabou, et avec une grande attention portée au plateau. Un spectacle qui prend en compte la spécificité et les besoins sociaux du territoire, du moment historique dans lequel nous vivons et bien d’autres éléments.

Ce spectacle que je crée chaque année, avec la complicité de mes collaborateurs, est LA SAISON. Celle que nous vous présentons ici et que vous avez entre vos mains. La Scène Nationale de Perpignan a accompli une étape, celle de la naissance et des premières années de sa vie ; étape, j’imagine, difficile voire ardue mais elle l’a fait brillamment et avec succès. Aujourd’hui, elle est prête pour trouver un second souffle. Il faut entrouvrir une nouvelle fenêtre dès cette année, et une autre bien plus grande l’année suivante, et ainsi de suite. Pour se régénérer, se renouveler, être en prise avec son temps, sans cesse.

Je vous demande confiance et soutien pour inscrire cette Maison, qui est la vôtre, au centre de la création en France et en Europe. Je vous demande de continuer à venir et revenir chez vous, de faire aussi le pari de la découverte. Nous n’allons pas vous décevoir.

Je veux que vous sachiez ce qui se passe chez vous et pourquoi. Quand on aime une oeuvre (une peinture, un monument, une architecture, une partition) on est plus heureux, plus fiers aussi, si on connaît son origine, son histoire, ses secrets ; il en va de même pour le théâtre, la danse, la musique. Et pour cela, je souhaite vous rencontrer régulièrement, je voudrais ouvrir plus encore les portes de l’Archipel, et vous faire pénétrer dans le secret des oeuvres et, en compagnie des artistes et des équipes, vous expliquer ce qui vous est proposé et pour quelles raisons. Il y aura un peu plus de théâtre et de danse, mais je n’oublie pas la grande tradition musicale perpignanaise. La musique classique, contemporaine et actuelle imprègnera la saison dans toutes nos salles, Le Grenat, Le Carré et Elmediator.

J’ai l’envie de vous surprendre, de vous faire réfléchir, de vous faire rire, de vous faire pleurer. De vous rappeler que nous sommes européens et surtout méditerranéens. Je vous inviterai à monter sur le plateau, à jouer. Et ce n’est pas une façon de parler. Je le ferai !

Vous êtes les acteurs de cette programmation.

Je vous remercie de m’avoir accueilli

Borja Sitjà
Directeur Général